TROPIQUE DU CANCER (Italie – 1972) de Edoardo Mulargia et Gian Paolo Lomi

Avec Anthony Steffen, Anita Strindberg, Gabriele Tinti, Umberto Raho, Stelio Candelli, Gordon Felio, Kathryn Witt, Richard Osborne, Alfio Nicolosi….

Dans la riche et prolifique histoire du 7 ème art transalpin, chaque courant cinématographique a connu une période où il fut particulièrement mis en lumière. En Italie, à l’aube des années 70, les iguanes ont la langue en feu et les scorpions montrent leurs queues car, à ce moment, le giallo est roi en terre argentesque. Trois ans avant que le Maestro ne nous offre l’ultime frisson, une péloche que nombre de cinéphiles connaissent de réputation mais n’ont pas forcément eu l’opportunité de découvrir (là, je parle pour moi…), voyait le jour par le biais d’une co-réalisation entre Edoardo Mulargia et Gian Paolo Lomi. Allez, on traverse l’Atlantique direction Haïti et on va se pencher d’un peu plus près sur ce Tropique du cancer

A Port au Prince, le docteur Williams qui officie dans un modeste hôpital, a élaboré une substance d’origine médicale que convoite particulièrement nombres de malfrats et autres intéressés par le potentiel financier de la chose. En effet, il semblerait que la formule inventée par le bon toubib soit un puissant hallucinogène à caractère érotique (avec Anita Strindberg au casting, c’est plutôt de bon augure…). Ne voulant pas vendre sa création à de crédules acheteurs qui l’exploiteraient telle une drogue révolutionnaire, le médecin va être confronté aux meurtres des différents protagonistes qui vont le solliciter afin d’acquérir sa précieuse trouvaille…

Si le scénario de cet Al tropico del cancro patine un peu dans son premier acte, c’est surtout dû au fait que le film revendique clairement plusieurs influences. Oui, les deux réals ont voulu faire dans le thriller typiquement italien, mais force est de constater que l’entame du métrage répond à une forme de narration assez proche du polar. Comme en témoignent les mésaventures de Williams, qui doit faire face à une bande de trafiquants de stupéfiants, tous plus où moins avoués, qui utiliseront toutes les méthodes en leurs pouvoirs afin d’obtenir l’objet de leurs désirs. De surcroît, l’enquête officieuse qui va débuter, suite aux premiers assassinats, ressemble à si méprendre à une série d’événements laissant supposer un joli règlement de comptes, même si en parallèle, c’est un tueur ganté de noir qui va faire rouler les têtes… Et c’est justement lorsque le meurtrier apparaît enfin à l’écran, que le côté giallo de l’oeuvre va pleinement prendre tout son sens et permettre à l’intrigue de gagner en fluidité. Bon, pour cela il faudra patienter un peu, car si les cadavres s’accumulent dans la première moitié de l’oeuvre, le détraqué ne fera son apparition, et nous dévoilera l’étendue de son talent, qu’après trois bons quarts d’heure. Chose pas bien gênante d’ailleurs, car pendant ce temps, le duo Mulargia/Lomi va nous offrir une mise en scène lumineuse et dépaysante à souhait. Profitant pleinement et exploitant intelligemment les somptueux décors naturels dont ils disposent, les deux réalisateurs n’hésiteront pas à mettre en valeur ce cadre haïtien si atypique, tout en imprégnant leur péloche d’une pesante atmosphère teintée de vaudou, et autres rituels de magie, donnant parfois un côté presque surnaturel au récit. Parfaite illustration de cela, l’impressionnante séquence de transe des adeptes de ce culte étrange, dévoilant nombre de femmes topless complètement hystériques venant se repaître de quelques morceaux – choisis – provenant d’un vil taureau, fraîchement abattu et découpé, par une sorte de gourou probablement prêcheur du Baron Samedi.

Doté d’un casting très qualitatif, c’est avec grand plaisir que nous retrouvons Anthony Steffen dans la tenue du praticien au cœur de l’affaire. Brésilien né à Rome, Antonio de Teffé, son véritable patronyme, vu dans pas mal de western où encore dans L’Invasion des piranhas de Margheriti, va avoir un rôle qui lui sied particulièrement bien. Beau gosse charismatique en diable, l’Anthony est épaulé par feu Gabriele Tinti (Marcellus dans Caligula la véritable histoire, et l’excellent La possédée de Mario Gariazzo, j’aurais pu en citer d’autres mais… je l’aime tout spécialement celui-là), et force est de constater que le défunt mari de Laura Gemser est une fois de plus à la hauteur lorsqu’il se retrouve devant une caméra. Pour compléter cette sympathique distribution, c’est sur la belle Anita Strindberg que nous allons pouvoir compter car, que serait un bon gialli sans la présence d’une plantureuse créature dans ses rangs ? L’héroïne du très bon Qui l’a vue mourir ?, du non moins talentueux Aldo Lado, est une nouvelle fois mise à son avantage. Diffusant un érotisme rare lors d’un passage dans lequel l’influence d’un Lucio Fulci se fait clairement sentir, et où la sculpturale suédoise est en proie aux effets hallucinatoires que provoque la drogue créée par Williams, le spectateur médusé se régale à la vision de la plastique parfaite de l’actrice dont le corps doit probablement être classé au patrimoine mondial de l’UNESCO. Cette scène incroyable, qui en rappelle assez nettement une autre dans le génial Le Venin de la peur sorti un an plus tôt, demeure un moment carrément surréaliste où la divine Anita va devoir faire face à ses fantasmes les plus inavoués, le tout devant une équipe de grands blacks très lourdement membrés.

Doté d’un final assez inattendu, pas facile en effet d’appréhender à l’avance l’identité du tueur, Edoardo Mulargia (El puro, la rançon est pour toi où encore Les Évadés du camp d’amour) et Gian Paolo Lomi (heu… I barbari) nous proposent avec cette escapade sous les tropiques un film original, qui demeure globalement bien maîtrisé, et qui se classe aisément dans ce que l’on peut appeler, peut-être pas le haut du panier en matière de giallo, mais tout du moins un honorable représentant de ce genre si passionnant. Une péloche rare que, à titre personnel, je conseille vivement de découvrir.

Tom Phénix

Après de longues et harassantes semaines passées à rechercher sur quel support on pouvait visionner en français ce Tropique du cancer avant que Le chat ne corrige cela, (non, en fait c’est des conneries, en 5 minutes un ami vhsocinéphile m’a fait part de l’existence d’une cassette sortie chez Lange dans la collection Saphir…), je me suis donc intéressé de très près à cette nouvelle galette estampillée Le chat qui fume. Et comme à son habitude, l’éditeur a mis les petits plats dans les grands. Le master est superbe et la quantité de bonus intéressante et considérable. En somme, du très chouette collector limité à seulement 1000 exemplaires. Tout comme récemment avec Terreur sur la lagune, je pense qu’il ne faut pas trop tarder à en faire l’acquisition de celui-ci…

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